4.Euphorie générale

Avec Sniper ça mijote des morceaux, ça écrit, le week-end je vais souvent à Saint-Brice avec SHEOL voir Abibou qu’il connaît depuis longtemps et avec qui j’avais fait connaissance aux Francofolies de la Rochelle, il donne des cours de danse hip-hop là-bas avec 2 de ses sœurs si j’me souviens bien, un gars super cool qui croit grave en nous, il nous booste et nous cherche des plans, ça sera en quelque sorte notre 1er manager…
Un jour SHEOL reçoit un coup de fil de Patou le cousin de Philippe ou de Jacky des neg’marrons, je me rappel plus très bien bref en tout cas ils ont monté ensemble un label qui s’appelle première classe et veulent inviter le groupe sur une grosse compilation qu’ils préparent, c’est sûrement dû à la bonne impression qu’on a laissé aux Francofolies, Sheol nous annonce la nouvelle tout excité, bête de plan !
Séance calé au studio Bastille : le concept de la compilation c’est différentes combinaisons de mc’s, sur les lieux Jacky, Ben-J et Patou, on se salue, ils nous mettent à l’aise, les gars avec qui on doit poser c’est des jeunes de notre âge : Scalo de Garges et Prodige de Sarcelles .
À un moment donné Ben-J demande à AKEM si il peut lui parler 5 minutes en privé, j’ignore pourquoi, je calcule pas trop en fait, j’le saurais plus tard… On se met d’accord sur une prod, sur un thème, ça sera « même pas 20 piges », ça va assez vite, SHEOL et AKEM découpent ça salement, moi j’ai un peu plus de mal mais bon ça passe, j’me souviens de Jacky grave chaud qui boostait et encourageait tout le monde, bonne ambiance ! On part de là bas super contents, ça se congratule jusqu’au petit truc qui va me casser le délire, j’avais déjà zappé ce détail mais AKEM va me le rappeler : eh au fait avant de commencer la séance Ben-j m’a pris à part pour me dire que ceux qui doivent poser sur le morceau c’est juste SHEOL et moi, j’ai dis ah non AKET il est avec nous dans le groupe, si on pose il pose, j’ai insisté puis finalement il a dit ok…
Putaiiiiiiiiin j’suis vex’ comme pas possible, par fierté je répond direct : ah ouais !? si tu me l’avais dis j’aurai pas posé…
Je sais plus si je lui ai dit merci mais c’est ce qu’il aurait fallu que je lui dise direct, il avait eu une attitude de bonhomme qui lâche pas son gars… En vrai j’ai le seum mais avec du recul je pense que Ben-J avait identifié le groupe comme 2 rappeurs et basta vu qu’à la Rochelle j’étais juste un backeur qui avait lâché un petit couplet, malgré tout comment regretter d’avoir participé à cette compil’ qui fera date et pour laquelle on aura chacun un disque d’or, mortel au final nan ?
J’ai d’autres anecdotes qui me viennent au sujet de première classe, quelques temps après l’enregistrement de notre titre, Patou m’appelle pour me dire de venir au studio prendre mon chèque de séance, 700 francs à peu près, cool ! On me donne du biff pour ce que je kiffe faire ! Je vais là bas avec mon pote Mouss, y’a une séance en cours, je prend mon chèque et on reste squatter un peu vu les gens présents : Ärsenik et Pit, ils écrivent, ça a l’air de préparer une boucherie, grosse instru qui cogne dans les enceintes,  y’a un couplet d’Akhenaton qui tourne en boucle dessus, j’suis appuyé contre une porte qui s’ouvre subitement, j’me retourne, j’le téma, il me téma, il me tend la main, on se sert la pince, v’là pas que c’était Akhenaton qui sortait de la cabine de prise de voix, en fait il posait son couplet pour le titre « l’art de la guerre » avec Pit et ärsenik !
Une autre fois on a rdv pour une séance photo avec la majorité des gens qui participent au projet, c’était au studio davout, y a du monde : Pit, neg’marrons, ärsenik, Less du neuf, Kery James, Rocca etc… On attend notre tour pour se faire tirer le portrait quand Mc Jean gab1 arrive, discutions animés et chambrette, il taille tout le monde et pas mal de choses qu’il a dites ce jour là ça sera à peu de choses près le contenu du morceau qui fera parler de lui quelques années plus tard : « j’t’emmerde »

Un bon plan n’arrive jamais seul, je sais plus exactement dans quel ordre ça se déroule mais dans la même période, très rapproché, y’a Abibou qui nous dit que sa sœur Aïsha connaît un certain Dj’Spank qui prépare une compilation avec Joey Starr, elle lui a parlé de nous, il veut nous rencontrer, on prend pas trop ça au sérieux… Quelques temps après rdv est pris, finalement c’est pas de la flûte ! Direction porte de Clignancourt pour capter Spank, Abibou vient avec nous, à la sortie du métro Spank est là garé au volant d’un merco benz benz benz , check, montez les gars on va chez moi ! C’est à Saint-Ouen dans un petit pavillon, on arrive là-bas on descend au sous sol, c’est là que ça se passe et que ça fait du son, il nous parle brièvement de son projet de compilation mais ça tourne pas autour du pot il veut voir ce qu’on vaut, il balance des instrus : on se fait pas prier pour envoyer le venin, des couplets, des improvisations, SHEOL crache le feu comme jamais, Spank est choqué ! On fait fort ! On y retourne la semaine suivante pour choisir l’instru du morceau qu’on posera sur la compil, là encore ça part en freestyle session bien folle, on entend souvent Spank dire faut que Didier écoute ça, Didier va passer, Didier, Didier mais c’est qui ce dj ?! Comme des cons on pensait qu’il parlait d’un dj jusqu’au moment où on entend une grosse voix venant des escaliers qui mènent au labo qui dit j’arrive ! V’là pas que c’est Joey Starr qui déboule, on se salue, Spank remet des instrus, c’est reparti : freestyle, on met la gomme, Spank sourire en coin qui guette Joey l’air de dire tu vois j’t’avais dis ces petits sont chauds ! À un moment on aura entre les mains une prod qui deviendra celle du tube « Ma Benz », durant cette période on est souvent fourrés là bas, surtout avec SHEOL qui a stoppé les cours et entame sa vie de chômeur, ça m’engraine à sécher et passer mes journées avec lui, de son côté AKEM poursuit sa scolarité en alternance avec un taf particulier, assainissement ambiance descente dans les égouts… Tortue ninja underground, courageux le poto…
C’est aussi la période où Joey et Shen préparent le prochain NTM, on aura le droit à l’écoute en exclu du test pressing de « Seine Saint-Denis style »… Une autre fois après une folle session freestyle dans le sas, Joey nous dit venez on monte au salon je vais vous faire écouter des morceaux de l’album pour avoir votre avis, truc de ouf ! On s’installe et on savoure ce moment privilégié, on se prend That’s my people, pose ton gun, c’est arrivé près de chez toi etc… Incroyable !

On enregistrera une première maquette pour la compil’ B.O.S.S aux studios planète sun à Puteaux mais on est pas convaincu par la prod, après quelques sessions d’écoute on tombe sur la bonne, rdv est pris pour la séance studio, ce jour là on y va comme si on jouait une finale de champions league, déterminés, sur entraînés mais avec quelques produits dopants ahahah… Spank et Joey sont présents, on est euphorique et complètement « high »… Au moment où Sheol s’apprête à rentrer en cabine, il y va plein d’entrain mais se mange la porte vitrée qu’il avait pas capté pleine face, on est tous éclatés de rire, Joey se tape des barres devant les petits Gremlins qu’on est et notre débit fumette boisson jusqu’à nous dire : doucement les gars faites pas les cons ! On sent que le morceau est chaud, refrain ragga qui soulève, couplet d’Akem en Arabe, c’est violent et original ! D’un coup Joey se lève et demande à l’ingé de lui mettre une piste, il rentre en cabine, on en revient pas c’est le feu d’artifices dans nos têtes ! Il introduit le morceau et l’ambiance du début à la fin, ce sera le seul titre de la compil’ où il pose sa voix, quelle bande de veinards…
Entre temps NTM sort son 4ème album et lors de leur semaine planète rap un soir est prévu pour l’équipe B.O.S.S, on se retrouve là-bas a freestyler Sheol et moi, Akem étant bloqué au taf.
Durant cette période il se passe énormément de choses et sincèrement je commence à voir flou, les souvenirs deviennent moins précis, fumée épaisse, brouillard ou mémoire sélective, comme pour mes couplets j’écris pour ranger le bordel qu’il y’a dans ma tête…
Ah oui ça m’revient, on est 98, resituons les choses : année de la coupe du monde, année folle… Je suis toujours scolarisé mais ça sent la fin, avec le groupe on est en pleine bourre, freestyles à gauche à droite comme d’hab, plans mix-tapes, jamais très loin de là où on peut arracher un micro, le vent dans le dos avec tous nos potos qui nous soutiennent. Les labels Première classe et B.O.S.S s’intéressent à nous mais on est déjà signés chez Desh Musique, forcément on voit que la brillance de ces 2 labels et on commence à s’impatienter pour notre premier album, à ce moment là on a juste quelques maquettes et on est pas réellement rentrés en studio…

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À côté de ça ma vie c’est le quartier de la Galathée et notre  local, 2ème maison 2ème famille avec tout ce que ça peut engendrer de bien, de mal, de bons moments et de drames… Je suis resté très proche de ma famille et de mes potes de Saint-Denis mais surtout de Dj’Boudj qui a aussi de la famille à la Galathée, il passe souvent me voir et finit par faire la connaissance de Sheol et Akem, comme tout bon groupe de rap qui se respecte il nous faut un DJ et il intègre l’équipe. Été 98, coupe du monde, le jour de la finale j’suis évidemment au local avec tout le quartier devant le match, souvenir intact : ça joue les arrêts de jeu, 2-0 la coupe du monde est dans la poche, Emmanuel Petit plante le 3ème bim ! Ça court dans tous les sens ça crie de partout, ça sort dans le quartier direct, on voit même pas la remise du trophée tellement c’est le dawa, ni une ni 2 je  fonce au quartier de la sourde rejoindre Akem, Sheol et tous les autres, y a 2-3 voitures qui montent sur paname, on grimpe tous, certain font le voyage sur les capots, c’est du n’importe quoi. On fini sur les Champs-Élysées, Zizou président sur l’arc de triomphe, la France black blanc beur tout ça… Le pays en état de liesse, c’était un truc à vivre, un grand moment de communion on peut pas le nier mais attention à la gueule de bois…

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3.Vole petit pélican…

Quoi de neuf dans le rap ? Je roule toujours avec Stevens et Philippe, mes gars sûrs et certains c’est plus que jamais Mouss et Youssef, toujours dans les bons plans et les sessions freestyle, c’est la même bande connectée avec AKEM, SHEOL et les potes qui gravitent autour. SHEOL est déjà en contact avec Desh de Sarcelles depuis un moment, il a fait des maquettes chez lui avec son groupe, AKEM qui était à la fois dans M.group et personnalité suspecte fini par faire un choix, il rejoint SHEOL avec qui il faisait déjà des morceaux depuis un moment… Desh flaire le truc et les fait bosser, de notre côté « les éléments perturbateurs » pas de projets, pas de plans, on se laisse vivre, ça me fait un peu chier… AKEM et SHEOL nous annoncent que DESH les a calé pour le festival des Francofolies de la Rochelle qui a lieu au mois de juillet avec tout le gratin : 2bal 2neg, Fonky Family, Iam, Idéal J, Time bomb, Stomy, Expression Direkt etc… Oh la vache !!! La chance !!! En vrai dans ma tête c’est déjà tout vu, c’est impossible que je rate cette ambiance, je veux aller voir ça et c’est ce que je vais faire : juillet 1997 je pars en solitaire, déterminé, eux ils sont déjà là bas, TGV rempli de lascars qui vont au même endroit, joyeux bordel, spliffs et boissons dans le train, ça fait connaissance, ça s’annonce bien ! Arrivé sur place, j’suis full up, la place devant la gare : remplie de lascars comme dans le TGV, on se croirait à Paname ! Pas de portable à cette époque direction une cabine téléphonique pour bipper AKEM sur son tam-tam, il vient me chercher, mortel ! On crèche dans un truc associatif qui s’appelle « l’échappée belle » j’suis pas prévu dans l’effectif faut que je reste discret… Y a du hip-hop partout, ça danse, ça graffe, ça freestyle, j’suis dans mon élément, je me sens bien ! « Hip-hop Folies » à l’encan c’est là que ça se passe, j’ai raté le gros événement qui s’est déroulé avant que j’arrive : IAM et 2 bal 2 neg’ sur la grande scène, dommage, tout le monde parle de ça, évidemment ça devait être terrible…

13 juillet 1997 c’est le jour J, l’après midi ils font leurs balances, je regarde, j’me ballade, je croise du beau monde, je fais connaissance avec Desh et son associé Georges, bonnes vibes, plein d’autres gars cool du secteur Garges, Sarcelles, Saint-Brice : Driver, Abibou et Last les danseurs, Georges d’esprit tranquille… Avec nous y a aussi les petits à Stomy : les rongeurs ainsi que les novices du vice qui assurent la 1ère partie du show de ce soir avec SHEOL et AKEM, 15 minutes chacun… Cette année là les rois du rap Français c’est Time bomb qui a bombardé l’année de freestyles légendaires sur 88.2 tout comme Idéal j et la Mafia K1fry, 2bal2neg et son 3x plus efficace, la FF, mais surtout Iam et son école du micro d’argent ainsi que le secteur Ä qui règne en maître, ils sont tous là, et ce soir certains passeront sur scène avant de laisser place à la tête d’affiche : Stomy Bugzy dont l’album cartonne… Autour du festival plein d’animations, on croise Cyanure d’ATK qui organise des sessions freestyle, des gars des MAC qui font des graffs, des mecs qui s’embrouillent, des chasses aux « squales » look Lacoste 501 baskets blanches versus Karl kani fubu baggy large Ahahah…. Le soir arrive, la tension monte, veille de 14 juillet, ça sent le feu d’artifices, j’suis dans les loges avec mes gars, ça se passe la force jusqu’à ce moment qui restera gravé… : SHEOL me regarde et me dit : on a 2 morceaux à faire, vu que t’es là montes avec nous, tu nous back et après on met une face b et tu kick un couplet ! Wowww j’suis touché ! Bref pas le temps pour l’instant émotion, tout reste à faire et à prouver… Boule dans le ventre, c’est à nous, GO ! Mes gars déroulent le jeu, mettent le feu, le public réagit positivement, Driver intervient sur scène pour nous booster : eux c’est mes potes personnalité suspecte faites du bruit pour eux ! Les 2 morceaux prévus s’achèvent, ça envoi la face B de Mobb Deep – hell on earth, c’est à mon tour j’envoie mon couplet backé par mes gars, ça glisse, je kiffe ! On quitte la scène dans l’euphorie, tout le monde nous check, visiblement on a fait sensation, j’me souviens des jumeaux des 2 bal : mortel les petits vous avez froissé ça ! SHEOL me dit : tu fais parti du groupe maintenant ! Suite de la soirée : Ali sur scène sans Booba qui est incarcéré, les X men, Oxmo, Pit, ça s’enchaîne, j’suis posé sur le côté de la scène à côté du T.I.N d’Express.d qui me check aussi, pépère ! C’est au tour de Stomy d’investir la place avec Desh et sa grosse touffe aux platines : show carré et millimétré, même si j’suis pas fan de l’après Ministère A.M.E.R j’reconnais le taf et l’expérience, je retourne me balader en coulisses, spliffs, boissons, j’suis chaud… V’là pas que je croise KRENO un mec d’Epinay avec qui je taguais dans le train avant d’aller en cours : wesh ma gueule bien ou quoi qu’est ce que tu fous là !? Il est avec un autre tagueur d’Epinay aussi : ERSH, ils sont équipés, poscas remplis d’encre bleue qui a l’air de salement bien tenir, ça se lâche, ça part en : vas y passe le marqueur ! Je défonce les chiottes de la salle, possédé je m’arrête plus jusqu’au moment où j’me fais stop par une meuf de l’organisation qui déboule en furie : mais qu’est ce que tu fais là !? Eh mais en plus tu étais sur scène tout à l’heure ! – Oh c’est bon détends toi miss c’est que des chiottes, c’est « hip-hop folies » et le tag c’est le hip-hop et la folie nan ? Ça la fait pas rire, elle gueule et va chercher Desh qui vient de sortir de scène avec Stomy, lui il est censé être responsable de personnalité suspecte mais moi j’suis venu en clando et j’étais censé me faire discret… Merde ! Il me gueule dessus lui aussi, je lui dis détends toi j’te connais pas, il continue à gueuler, ça fait un remue ménage pas possible tout ça pour des tags dans des chiottes, bref j’suis cramé, l’association qui héberge se demande mais il est venu avec qui lui ? L’organisation exige que je vienne nettoyer le lendemain, ça gâche un peu la fête mais bon tant pis, je m’en veux un peu c’est stupide mais c’est comme ça… FUCK ! On rentre là où on pionce, on finit d’arroser la soirée avec AKEM et SHEOL on est grave content, on s’est fait remarquer, bon moi c’est pour autre chose, j’suis pas censé être là et j’ai niqué le délire, on me met dans une autre chambre pour dormir, Georges l’associé de Desh me dis fais toi petit demain on t’emmène à la salle pour nettoyer tes conneries, je partage la chambre avec lui et Driver qui jure de ne plus jamais boire de champagne, ça lui a donner une sale migraine Ahah… Lendemain matin, 9 heures, réveil difficile, ça frappe à la porte : c’est la dame de l’association, Georges paniqué me dis reste sous la couette bouge pas j’vais la repousser : il lui ouvre la porte torse nu en caleçon avec la gaule du matin Ahahah : oui madame on se lève gentiment, tout va bien vous inquiétez pas, à tout à l’heure merci ! Des barres dans le ventre, elle est choquée, j’en peux plus de rire, Georges me dit allez debout toi, on va bouger d’ici discrètement et tu vas aller frotter tes gribouillis ! On arrive devant la salle de l’encan : chaleur estivale, ça grouille de lascars et v’là pas que je croise mon poto Philippe des éléments perturbateurs ! Lunettes de soleil, bob Lacoste, autour de son cou un pass backstage avec écrit dessus : Philo petit homme Stomy ! Ahahah wesh enfoiré ça va pour toi, tu vis ! Il est venu avec Patou son cousin de Garges proche du secteur Ä et il crèche dans une villa avec eux, ça m’étonne pas de lui c’est pas pour rien qu’on l’appelait Philo la malice ! Je lui raconte ma soirée de la veille, pareil il me rétorque : enfoiré ça va pour toi tu vis ! Bref on se capte plus tard ma gueule j’dois aller réparer une connerie… – Ahahah t’es con toi avec tes tags…

J’rentre dans la salle, on me donne un seau et une éponge : vas y frotte, bon courage ! Putain ! Je m’y met, au ralenti sans conviction, en plus v’là l’encre de bâtard, ça part pas… Pendant ce temps là j’entends du son dans la salle, des basses qui résonnent, c’est les neg’marrons qui font leurs balances, si j’ai bonne mémoire y a ärsenik aussi dans les parages, mortel en fait ! Je vais jeter un coup d’œil, je croise des gens, je discute, j’me la coule douce en vrai, j’suis content d’être là ! J’me fais vite rappeler à l’ordre : alors ça avance ce nettoyage ? Et là qui est-ce qui arrive en rigolant de la situation : Ambre Foulquier organisatrice des hip-hop folies et manageuse des 2bal2neg, bah alors qu’est ce qui s’est passé ? Je lui répond : bah j’me suis ambiancé et j’ai tagué partout voilà quoi… Hip-hop. Elle : ouais je vois ça tu t’es lâché, bon allez c’est pas grave laisse tomber, lâche l’affaire avec ton éponge. YES ! Merci ! La délivrance ! Je retourne gambader, un peu plus tard je rejoins le reste de l’équipe, j’leur raconte ma journée, Desh et Georges sont plus détendus et finissent par rire de cet épisode, cool ! Le soir même on assiste au concert des neg’marrons, y’a d’autres groupes qui passent, j’me souviens plus exactement qui, en tout cas on continue à nous féliciter pour la prestation de la veille ça fait plaisir ! J’recroise mon pote Philippe avec un sentiment de culpabilité : c’est vrai qu’avec les éléments perturbateurs on foutait plus grand chose et que lui avait l’air d’être dans les bons tuyaux avec la famille secteur Ä, il a même posé sur les liaisons dangereuses avec Doc gynéco (finalement le morceau sortira jamais) la question que je me pose c’est : ai-je bien fait d’accepter de rentrer dans personnalité suspecte, est-ce que si j’avais refusé je serai encore resté en plan à regarder les autres avancer y compris Philippe, j’avais capter depuis longtemps que les gens saisissaient les opportunités sans s’embarrasser de savoir si ça laissait quelqu’un sur le bas côté mais j’avais la sale impression d’être un traître, je pouvais pas rester comme ça… Retour à Paris : Je vois que Stevens fait plus vraiment de rap, voire plus du tout, Philippe je le vois moins bref les éléments perturbateurs c’est mort. Vu que Stevens rappe plus mon véritable souhait c’est que Philippe nous rejoigne et qu’on forme un groupe à 4 ça serait le top, l’occasion se présentera plusieurs fois mais le destin en décidera autrement… Le Komité la joyeuse bande qu’on était ça me manque aussi mais y’a plus personne d’actif malgré que ce soit toujours plus ou moins les mêmes potes autour de nous, en vérité dans tout ça je constate qu’il reste les 3 plus acharnés c’est à dire SHEOL, AKEM et moi… On est à la rentrée de l’année scolaire 1997-98 : j’me suis fait virer du lycée d’Enghien, je redouble mon année, je change de filière et j’me retrouve en BEP comptabilité à Montmorency dans la même classe que Stevens ! Mortel ! Côté rap Desh a des plans pour nous : Cut Killer prépare une mix-tape rap Français en plusieurs volumes, on pose un petit morceau freestyle au studio Black Door et personnalité suspecte qu’on avait l’habitude d’abréger en disant « Persny » devient « SNIPER »… Desh et Georges croient en nous, ils nous proposent de signer un contrat avec eux et d’enregistrer un 1er album, on fait quelques maquettes chez Dj’Tren des frères de son que je connaissais déjà un peu de l’époque où j’allais chez Rost car ils bossaient ensemble, on fait nos 1ers morceaux « Sniper » sur des prods de lui et de Desh… En ce qui me concerne toujours pareil, je bouffe toujours autant de rap, toujours matrixé dans le tag même si j’suis inactif je lâche toujours quelques poses à l’occasion, je traine toujours avec Mouss et Youssef et je passe la majorité de mon temps à la Galathée où les grands ont un local qu’on appelle le coffee qui deviendra ma 2ème maison… Je me laisse vivre, de nature anxieuse et plutôt timide, le shit va pas arranger les choses de ce côté là…

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Au cœur du bourbier…

1994-95 Nouvelle année scolaire toujours au collège je rentre en 3ème, un soir sur FPP 106.3 un morceau passe et dés l’intro j’entends : « Deuil-La-Barre est dans la place ! » Woww j’ai rêvé là ou quoi ? Le morceau est bon mais aucune idée de qui c’est… Il me faudra pas longtemps pour capter que c’était ce gars dont on m’avait parlé quelques années auparavant et qui était passé sur radio star : PART2, le morceau s’appelle : « fidèle au rap » le nom c’est M.group et ils sont produit par les gars de l’émission kool et radikal que j’écoute depuis 2 piges au moins. De mon côté j’ai retrouvé mon pote AKEM avec qui ça rappe encore plus ou moins, Stéphane, Patrick et Sena font leur truc connectés avec Rost, puis un jour AKEM m’annonce qu’il arrête avec moi car on lui a proposer de rentrer dans M.group, j’suis un peu vex’ mais bon… Il participe au maxi « fidèle au rap » sur un morceau avec ATK : Pit Baccardi, Kesdo, Cyanure et Freko, je l’entend sur kool et radikal en live, j’enregistre toute l’émission, j’ai le droit à ma dédicace j’suis content et fier de lui ! Je vais opérer seul pendant un moment, je tag toujours un peu dans les alentours rien de fou, je commence à fumer du shit et à vouloir en refourguer, pas terrible c’est pas mon truc en vrai… Je comprend le sens de l’amitié avec 2 mecs de ma rue : Mouss et Youssef, des vrais frères, y en a un fou fou et opérationnel pour toutes les conneries possibles mais tu peux vraiment compter sur lui à tous les niveaux, l’autre super posé, sage et réfléchi « la conscience » de l’équipe, ils aiment la musique mais sont pas à fond dans le rap et s’en tamponnent du graffiti, par contre ils sont à fond derrière moi, ça booste ! Notre spécialité c’est toujours se débrouiller pour être dans les bonnes ambiances en particulier squatter chez les bourges ou chez des meufs, dés qu’un d’entre nous a un plan il incruste les autres, côté conneries Youssef sentait souvent la patate et préférait rentrer chez lui en nous prévenant : je la sens pas votre histoire… Plus d’une fois il a eu raison comme ce soir où en se rendant à l’anniversaire d’un pote qui s’annonçait bien arrosé et enfumé, je décide de cartonner la gare de la Barre-Ormesson, j’suis chaud je m’arrête plus et bim je me fais crever par la BAC, juste le temps de jeter mon posca sur les rails, j’suis grillé mais je nie en bloc, direction le commissariat, soirée gâchée, je maintiens ma version dont ils ne croient pas un mot, j’suis mineur ils appellent chez moi, le daron vient me chercher, il prend ma défense et plaide ma cause, on se barre et je vous passe les détails de la suite : une fois dans la voiture et pire encore arrivé chez moi, je me fais marave, pire qu’une gardav’… J’passe toujours un peu de temps à Saint-Denis avec mon cousin et sa bande, y en a un parmi eux qui touche aux platines et qui collectionne des disques de Funk-Soul, on se connaît depuis petit, il est proche de ma famille c’est comme un cousin, je vais souvent chez lui, il a un peu de matos et un micro, je continue à m’exercer sur des faces B, on devient une sorte de binôme rappeur/dj, c’est parfait, le blaze c’est couscous clan : Aket et Dj’Fresk qui deviendra peu après Dj’Boudj… Côté Deuil-la-Barre j’suis toujours plus ou moins connecté avec les mêmes, un soir AKEM me propose de venir avec lui et PART2 à kool et radikal, les invités de l’émission c’était Raggasonic, cool ! Une autre fois ils ont des invitations pour un concert d’Expression Direkt : le palace part en couille ! J’y vais avec eux, ambiance de feu, je kiffe à mort !

1995-96 je purge une année de plus au collège pour cause de redoublement, comme chaque année j’engraine j’engraine… Je sauce les gens dans le délire, Stevens et Philippe mes potes du quartier depuis l’école primaire me suivent, au fur et à mesure y’a un petit crew qui se crée, tout le monde se regroupe, faut dire aussi que le rap c’est de plus en plus à la mode contrairement aux années précédentes, le mia d’Iam a fait un carton, la fièvre d’NTM aussi, sans parler des tubes rap à l’eau que je détestais… Ce que je considérais comme un trésor mais que je voulais partager, ce que je voulais qui explose mais sans en perdre l’exclusivité devenait vulgarisé, sentiment contradictoire… Justement esprit de contradiction : ce que la masse aime et écoute je m’en détourne, c’que j’aime c’est les marginaux, ceux qui choquent, ceux qui font pas comme tout le monde, aussi bizarre que ça puisse paraître pour un p’tit rebeu de banlieue j’me tourne vers le rock tendance métal, hardcore,punk, grunge… bref, fuck les genres et sous genres c’était du Suicidal tendencies, Alice in chains, Soundgarden, Body count , Rage against the machine etc… j’avais kiffé Nirvana 2-3 ans plus tôt, j’avais toujours été attiré par les groupes de rap à l’imagerie rock ou hardcore : Cypress Hill, House of pain, Beastie boys… En fait ce que j’aimais c’était les trucs dark et puissant, je passais pour un ouf et personne comprenait mes goûts musicaux, à côté de ça bien sur j’écoutais du rap plus « conventionnel » mais toujours à la recherche d’artistes bien « barrés »… je tag toujours un petit peu, toujours dans le même coin, un peu dans le train, mais toujours pas de connaissances dans ce milieu ou de partenaires motivés, pas grave je compense avec le rap, avec Philippe et Stevens on tâte, on est pas très au point, pas très organisés, pas de plans, pas de morceaux carrés, en vrai on s’en tape, juste on passe du bon temps et on fume des spliffs, via AKEM on se connecte avec les mecs de son quartier où y’a un nouveau gars qui vient d’emménager, on se pointe là bas : freestyle session, oh la vache il sort d’où lui !? Le gars découpe, rap, ragga, roulements de fou, improvisations, on prend une gifle ! Il s’appelle Karl, son pseudo c’est SHEOL, il a déjà un groupe qui s’appelle personnalité suspecte avec des mecs d’Epinay, ils sont forts aussi, mes gars et moi c’est « éléments perturbateurs » et le tout donne une bande de joyeux lurons avec tous les potes de chaque quartier qui nous supportent, les rdv freestyle sessions deviennent réguliers, on s’adonne tous à l’improvisation et on se tape des barres, fumette et boisson à l’appui… On trouve un nom au collectif : ça sera LE KOMITÉ !
AKEM est toujours avec M.group et se rapproche en même temps de SHEOL et personnalité suspecte, faut noter que les mecs d’M.group sont pas de la même génération que nous, on a tous entre 16 et 18 piges, ils en ont 10 de plus, forcément il est plus proche de nous… 1996 y a un gros concert « rap » qui s’organise dans notre ville, après toutes les fêtes de la musique et fêtes de quartier que j’ai écumé depuis mes débuts avec les différents protagonistes déjà cités, ça se passe à la salle des fêtes, on est une grosse équipe : Franck aka Dj´Stacy aux platines, les éléments perturbateurs : Stevens, Philippe et moi appuyés par Stéphane et Théo, Cédric Marzouin, Rost avec son frère Sena et Patrick, personnalité suspecte avec Sheol, Akem et Rakis… On prépare bien le truc, répétitions en amont et tout, le jour J on est chaud et prêt à tout donner, soundcheck l’après midi : v’là pas que les condés débarquent dans la salle et soulèvent Philippe pour une histoire de faux chèques, oh la vache ! Heureusement il sera relâché et bien présent sur scène le soir même, ça y est c’est l’heure c’est parti : on arrache tout c’est le feu ! On kiffe, le public kiffe et le tout sera immortalisé sur une K7 vidéo !  S’en suivra une période dorée où ça va monter en puissance, on va partout où y’a un micro… ou pas, bref partout où ça rappe, souvent chez Dj’Stacy ou dans le garage de sa meuf, soit chez Sheol ou d’autres potes quand y’a moyen, sinon ça monte sur paname en bouldé, ça rappe dans le train, dans le métro, ça cogne sur les vitres pour faire un beat, ambiance de folie, fête de la musique on se retrouve dans une cité où y a une scène ouverte : on se fait menacer genre si vous assurez pas vous ressortez pas d’ici ! Ah ouais !? Bah tiens ! on kicke sévère, les gars kiffent et on se barre comme des princes ! Des ambiances comme ça y en aura plein…

 

AKEM prépare un EP avec M.group, voyant l’effervescence et la fougue de l’équipe, il propose à PART2 d’inviter toute la bande sur un titre du projet, on vient tous de la même ville, ça s’appellera « je viens du 95170 » on est comme des oufs ! Session studio, on a rdv le matin, on est bouillant, quelques spliffs avant d’y aller, on passe au esso du quartier on se charge en grandes 1664 bien fraîches… Je fais moins le malin dans la cabine de prise de voix, boule dans le ventre, stress, je reprend le dessus et je kicke mon couplet, bang ! J’me souviens de Philippe trop marrant : super décontracté comme si il avait fait ça toute sa vie, l’enfoiré pose son truc easy quasiment en one shot ! Le morceau sort en 1997 sur « tu disais quoi » le mini album d’M.group chez Night & Day un label qui sort énormément de rap français à cette époque, 1ère apparition discographique, c’est aussi ma 1ère année de lycée à Enghien, côté sauvage BEP vente… On est convié à quelques sessions freestyle radio pour la promo du disque : FPP kool et radikal, vague nocturne, 88.2 à l’hôpital d’Ivry dans l’émission de Marc « original bombattack » on est au max, pour nous c’est le top ! À ce moment là ça commence à se dire : putain on est une bonne équipe, on a un bon délire fou fou, faut qu’on avance groupé, je pensais que ça aller se motiver à taffer un projet commun qui aurait pu être mortel selon moi : M.group, personnalité suspecte et les éléments pertubateurs, le tout sur des prods de PART2 avec des combinaisons différentes… Il se passera rien de tout ça, dommage ! Nous on perd pas nos habitudes c’est toujours les mêmes personnes, conneries, freestyle, fumette, au lycée j’suis avec AKEM,  Mouss, Youssef et d’autres potes de Deuil-La-Barre, pour situer le délire et l’époque la bande son c’est : original MC’s d’Idéal J, guet apens d’Expression Direkt, le crime paie de Lunatic, Hostile, L432 etc… J’ai toujours pas décroché du tag, le matin pour aller en cours : départ d’Epinay-Villetaneuse, petit oinj au fond du quai, je croise souvent 2 renois qui posent dans le wagon service : Sorel 22 long rifle et Kreno, 2 petits tagueurs locaux sans plus, comme moi, forcément ça part en : vas y fait tourner le marqueur ! Bim ça sort son meilleur lettrage, ça flambe ! Aketonerockinguezmer !
Au bahut je rencontre 2 mecs qui sont dans le délire aussi : un pakistanais et un asiatique, ZEKO et SNEZ des mecs des chênes à Ermont, ils taguent grave bien, des vrais styles bien tranchants, on s’entend bien on roule un peu ensemble, pause midi on chicote les intérieurs sur la nord, ils posent CS pour Chênes Starz, y’a d’autres gars avec eux, c’est marrant dans leur cité c’est tous plus ou moins des tagueurs, visiblement c’est dans leur culture, normal, je trouve ça mortel moi qui roulait solo et qui cherchait des compagnons de jeu depuis des années ! Y a un petit crew qui se crée : DPN pour Destruction Paris Nord, ça durera pas très longtemps, ça sera repris plus tard par des mecs de chez eux qui vont bien cartonner avec pendant un petit moment…


1.Début d’une sale histoire…

Mémoire sélective comme plein de gens, y’a des choses très lointaines dont je garde un souvenir intact…
À 5 ans je commence à savoir lire puis écrire, c’est le début des histoires…
Le simple fait de m’appliquer à faire de belles lettres en écrivant mon nom et prénom me procure du plaisir, je vois le monde avec de nouveaux yeux et m’amuse à lire tout ce qu’il peut y avoir autour de moi : bandes dessinées, magazines, journaux, livres, enseignes de boutiques, panneaux…
Mais surtout un truc qui m’intrigue par dessus tout : toutes ces signatures illisibles qui ont été inscrites par je ne sais qui je ne sais quand…
FLASH dans ma mémoire : années 86-87, banlieue nord, secteur Saint-Denis, Epinay-Villetaneuse, Deuil-La-Barre, c’est dans ces coins là que je pousse.
En bas de ma rue le store du bar-tabac défoncé de tags, y en a un plus lisible que les autres : BUSE BBG…
À l’école primaire au fond de la cour derrière le grillage, un mur avec un graff STAKER bleu ciel et rose contours noirs, des tags Buck CUD, FBF, Drek TMK, Djuk, Kais, Kose.B, Skaim, Alibi, Pares, Espry, Joan, Jason, Outrage ADP …Ça m’intrigue, qui fait ça, quand, comment ? En classe je dessine des « S » américains et reproduis le « BAD » de la pochette de Michael Jackson dans mes cahiers, j’entend parler des « grands », d’histoires de bandes, de zulus, en CE2 j’me souviens de mon pote Fayçal qui me disait toujours « t’aimes trop les trucs de voyous toi… »

J’passe la plupart de mes week-ends et vacances scolaires à Saint-Denis chez ma grand-mère, une grande partie de ma famille y habite, pratiquement tous dans le même quartier, j’suis toujours fourré avec mon cousin Nordine de 3 ans mon aîné qui est lui aussi bien branché sur le sujet, beaucoup plus que moi…
J’ai 8-9 ans à ce moment là, p’tit mioche qui regarde le club Dorothée et connait pas grand chose à tout ça, il se fout de ma gueule et me dit de laisser tomber benny zebi, me fait écouter des K7 de rap français (radio nova, radio star) et surtout me branche sur LE groupe de Saint-Denis, le phénomène 93NTM…
J’me bousille avec les sons qu’il m’a fait découvrir puis c’est la compilation rapatittude qui devient ma K7 de chevet…
Quand j’retourne à Deuil-La-barre, je m’empresse de me la raconter et de parler de tout ça à mes p’tits camarades, y’a quelques gars qui sont dans le délire, ça parle beaucoup d’NTM, 90-91, c’est l’époque de leur premier maxi : le monde de demain, le pouvoir, c’est clair j’ai le touché nick ta mère, pochette mortelle, visuels graffiti, le clip qui passe à la télé, terrible !
Vu que ça vient de Saint-Denis j’me sens un peu fier, j’kiffe…
Mais ce que j’vais savoir pas longtemps après va gonfler ce sentiment à bloc : j’apprends au détour d’une discution des mes parents avec ma grand mère, oncles et tantes qu’un de mes grands cousins que j’connais pas trop fait de la musique, moi curieux : ah bon !? Quoi comme musique ?? On me répond de la musique de sauvage avec un nom de groupe aux initiales dont vaut mieux pas savoir la signification… WOWWW dites moi pas que c’est pas vrai ! NTM !
En fait il est choriste dans le groupe et son blaze c’est Monsieur KAST, lors d’une réunion de famille je me pointe avec un double de la K7 de l’album « Authentik » avec la jaquette photocopiée en noir et blanc qu’il me signe avec un bête de tag au lettrage tranchant, il me dit qu’il taguait et qu’il avait plus ou moins stoppé… Tout se rejoint, rap, graffiti… J’ouvre bien mes yeux dans le secteur pour guetter si y’a son blaze sur les murs, ça loupe pas : KAST 93MC/93NTM souvent Terry et Marsh pas loin…

À cette époque je joue au foot en pupilles avec l’U.S Saint-Denis, stade Auguste Delaune, y’a un p’tit mur à côté des terrains de basket playground : Du Kea, du Meak, Du Marko… Le graffiti m’intrigue toujours autant, y’a la fac Paris 8 pas loin avec le fameux graff de Mode 2, toujours dans le même périmètre le lycée Paul Eluard : façade défoncée 93MC, TAP, TCP… Du Mam, Mao, Exeo, Arem (RIP) etc… La MJC : des graffs des mêmes équipes dans la petite cour, David Koné aka M’WIDI le rappeur des Francs Moisins qui répète là bas, effervescence de dingue j’suis totalement fasciné…

À Deuil-La-Barre y’a un pote qui nous parle de son grand frère qui fait du rap et qui est déjà passé sur radio star, on le prend pas trop au sérieux puis je me procure je sais plus comment un morceau à lui sur une K7, mortel ça vient de chez nous, c’était Part2 qui fondera M.group quelques années plus tard… Année scolaire 1991-92, première année au collège, faut que j’me trouve un blaze, au début fasciné par les scratches j’veux être dj, j’prend des vinyles à mon père que je raye comme un porc et je marave le diamant bien évidemment puis c’est moi qui me fait marave parce qu’en plus j’ai tagué sur les pochettes un blaze pété « dj’zarko » Ahahah…
Dans ma rue j’vois un tag sur une poubelle qui m’intrigue : un « Ashor » bien dégoulinant, j’me demande c’est qui, j’me renseigne et en fait c’est un voisin, un mec que je connais ! Il est plus grand que moi donc on traine pas ensemble mais il écoute les mêmes choses et semble s’y connaître bien plus que moi, ça va nous rapprocher, je lui demande avec quoi il a fait son tag et il me dit : t’as du barrane à chaussures chez toi ? Prends ça tu vas voir c’est mortel… Ni une ni deux, je fouille chez moi, bingo j’en trouve un, noir qui dégouline bien quand t’appuies dessus, magnifique !
Entre temps j’ai trouvé un autre blaze bien pété encore : KOAT…
Et j’vais pas aller bien loin commettre mon 1er méfait, une porte de garage dans ma rue, bien blanche, bien lisse, hop ça c’est fait…
Au collège j’essaye d’engrainer mes potes dans le délire, relou d’être tout seul, tous les plus grands qui en ont fait me disent que c’est fini le tag, j’suis deg, pas de la bonne génération, arrivé trop tard dans le délire j’ai l’impression…
Un jour j’ai 2 heures de trou dans la journée pour cause d’absence d’un prof, je vais me poser en salle de permanence dessiner, gribouiller mes cahiers de tags comme d’hab et là y’a un mec qui passe et qui bloque sur ce que j’fais, lui il est en 3ème moi en 6ème, il me dit : tu tag toi !? Je lui dis ouais vite fait, il prend mon stylo et ma feuille et me dit regarde c’est quoi le style ! Paf ! lettrages mortels !
Il me demande c’est quoi mon blaze, j’ai un peu honte de déclarer mon tag flingué, je lui dis KOAT… Il se tape une barre et me dit que c’est naze, il se pose et se met à faire un graff sur feuille, il me le donne, j’suis grave content il est stylé : il a fait un AKET et me dit pose ça c’est un bon blaze ! Lui il pose SEAH et il a un pur style, c’est le 1er gars aussi bien renseigné sur le monde du graff, rap, que je rencontre, il me fait des K7, me donne des plans pour se procurer des poscas et faire les mélanges avec la teinture française corio qu’il tapait chez le cordonnier.
Le proviseur l’autorise à faire un graff dans la cour pour décorer : un GOAL bien tranchant que je le regarde faire et que je regrette de pas avoir pris en photo… À la gare de la Barre-Ormesson un gros bloc RIDEN (RIP) qui me percute, des tags et graffs DOM un peu partout… Stade D’Epinay à côté de chez moi, ça tape le ballon au terrain rouge avec les potos, y’a un grand mur régulièrement repeint, des fresques mortelles signées Dragon, Squad, Drum… C’est marave de partout, je m’en prend plein les yeux, quand je bouge avec les parents en voiture ou en train v’là les torticolis j’suis comme un ouf, sur Paris laisse tomber c’est la finale, marbré de chez marbré…

Du côté de Saint-Denis toujours fourré avec mon cousin Nordine et ses potes du quartier, c’est beaucoup plus hip-hop qu’à Deuil-La-Barre, je kiffe quand j’suis là bas, ils sont tous dans le délire, ils ont tous un tag et je commence à m’essayer au rap avec eux, on arrive à avoir un petit créneau à la MJC, ça check le mic, j’recroise David Koné dont on kiffait les freestyles sur radio nova, j’écris des petits couplets bien nazes et on enregistre 2 morceaux sur un petit 8 pistes dégoté par Elimane, un poto de mon cousin qui est à fond dans le délire et qui a beaucoup d’avance sur nous, les instrus c’est des face b us, j’suis grave content mais le résultat est comment dire… anecdotique… J’me rend surtout compte que c’est pas si simple de passer derrière le micro, ma petite voix de mioche étouffée par la timidité… Je m’exerce en solo chez moi, j’ai quelques face b enregistrés sur k7 que je fais jouer sur un poste et j’enregistre ma voix sur la chaîne hifi du daron en branchant le casque sur l’entrée micro, son dégueulasse mais ça fonctionne, j’tape mes petits délires…
IAM, NTM, Assassin, Les Little, Ministère A.M.E.R, Timide et sans complexe, Sensunik… Je bouffe que du rap français, ça guette rapline sur M6 en sous marin précédé d’une émission érotique… Sur les ondes pas grand chose de bon, Dee Nasty a repris son émission sur nova mais y’a plus les freestyles pagaille et les improvisations folles de Rico le rital de Sarcelles qui m’avait retourné la tête, ça joue les nouveautés US, ça m’éduque les oreilles je commence à comprendre la puissance et l’avance des cainris, la barrière de la langue ça m’ennuie un peu, du coup j’deviens assidu en cours d’anglais et décroche les meilleures notes ! J’me souviens bien que tout ça se déroule en 1992 et qu’un soir il passe un morceau de rap français, il annonce que c’est le futur, que c’est du « new school » je lâche la pause K7 direct pour avoir le morceau, c’était les sages poètes de la rue : mista doudi, j’ai bien kiffé et c’est vrai que ça dénotait pas mal de ce qui se faisait à l’époque en rap français… L’émission s’arrête subitement sans prévenir… J’suis deg… En kiosques je guette ce qui pourrai causer de rap ou de graff : l’affiche, 1tox sous le t-shirt j’suis refait ! Je dévore toutes les infos que j’peux choper, j’me régale j’veux tout savoir… L’année scolaire qui suit : nouvelle classe, nouvelles têtes, qui est dans le délire ? Qui je vais engrainer ? Y en a un qui a l’air d’en être, il s’appelle Bachir, on se connecte rapidement, lui c’est ses grands frères qui l’ont saucé là dedans, il connaît un peu : rap, tag… Il va devenir mon binôme, moi AKET, lui AKEM, on lâche des tags 2 en 1 : A K E et le T/M l’un au dessus de l’autre, on se met au rap aussi… On se fait nos petites missions, intérieurs des trains de la nord, changement de wagon à chaque station, souvent dans la matinée, ça commence à sécher les cours, mon mentor SEAH est parfois de la partie aussi… Ça monte sur paname, samaritaine de châtelet, on se ravitaille en poscas, crochet par ekivok shop, on va voir les murs de Stalingrad juste avant la destruction, crochet par tikaret… Au retour wagon service ça pose du bien dégoulinant, équipe de cailleras qui montent à Saint-Denis, y en a un qui s’appuie sur un gueuta tout frais, oh merde… Ils crament pas, nous on descend à Epinay-Villetaneuse, il a gagné un AKET à l’envers au dos de son t shirt blanc  ! À Enghien magasin cass’prix près de la gare, on se fournit en p’tites bombes de peintures couleurs cuivre, pas terrible mais ça fait l’affaire… Un jour AKEM me parle d’un bouquin qui vient de sortir : PARIS TONKAR ! Un pote de son frère l’a en sa possession, il lui prête et il va photocopier tout le bouquin à la bibliothèque et le relier avec du scotch, il me le prête, je lui rendrai jamais… Je pompe allègrement ce que j’vois dedans : un A par ci un K par là, un p’tit perso, je fais ma tambouille et viens flamber avec mes sketches au bahut…

Toujours connecté avec la famille à Saint-Denis, hip-hop don’t stop, jamais de pause ! Avec le cousin et ses potos c’est devenu un rituel de monter sur châtelet tous les samedi : la FNAC, ekivok, dobble source, LTD, on fait le tour des boutiques hiphop et on mange un grec avant de rentrer sur les terres, beaucoup de « zulus » comme on les appelle, ça nous fait rire les dégaines baggy large etc… On a pas l’impression d’être du même monde mais bon…
Côté lectures 1tox a disparu des kiosques, il reste l’affiche, c’est pas assez… Je me rabats sur les fanzines qu’on trouve dans les shops spécialisés, c’est plus amateur mais plus intéressant, y’en a 2 qui claquent et qui font la diff’ : papier glacé, couleur : Tuff Times un fanzine suisse avec des pages entières de graffs et surtout GET BUSY dont j’avais entendu parler mais que j’avais jamais pu choper, ils en sont déjà au numéro 8 et c’est le 1er que j’achète, la couv’ défonce : un calibre avec shen et joey dans le reflet, la mention « interdit aux bâtards »… le contenu : ça me parle direct, édito fumant, les dédi…casses, l’humour et la chambrette made in Saint-Denis, ça taille l’affiche et 1tox entre autres, c’est pro-NTM, les interviews sont mortelles et à la fin une petite liste des émissions hip-hop qu’on peut écouter sur la bande FM que je vais m’empresser d’aller check, prêt à lâcher la pause K7 pour ce qui va devenir une habitude quasi quotidienne pendant longtemps, 106.3 fréquence Paris plurielle tous les jeudis y’a l’émission kool et radikal, j’suis fidèle au poste, les autres jours de la semaine y’a d’autres émissions, lundi : Flo master qui parle de graffiti mais qui fera pas long feu et le vendredi 2 émissions qui s’enchaînent, sur les autres stations le dimanche soir y’a EFM 88.2 qui deviendra générations, le samedi radio alligre avec dj rapattack, et le mo’bass de Dj’LBR sur radio libertaire le mercredi… J’me régale !

Pour mon pote AKEM le tag ne fut qu’une passade, il arrête vite, j’ai plus de compagnon dans le délire, merde ! Par contre le rap ça le chauffe bien et on fait quelques morceaux qui ressemblent à quelquechose, je me souviens très bien, le 1er c’est « nous voulons des $ » sur la face b de Fu-shnickens – breakdown, un autre sur une face b de Ice Cube – you know how we do it… Je précise que pour enregistrer c’était soit chez moi avec mon procédé casque branché sur l’entrée micro qui enregistre nos voix et l’instru qui joue dans un autre poste, soit chez lui où là c’est déjà beaucoup mieux platines, vinyles et vrai micro branché sur un ampli, le tout en one shot direct couplets refrains enchaînés… Bref on a 4-5 morceaux et le jour de la fête de la musique un grand de son quartier qui tâte les platines sort son matos sur les tables de ping-pong , branche 2 micros et on fait un petit concert plein air, ambiance ! Interrompu par les condés qui en profitent pour contrôler tout ce petit monde, moi bras croisés cachant mon t-shirt fuck da police Ahah… Tout ça c’est l’année 1993… Les grandes vacances arrivent, avec AKEM on se perd de vue et cette année l’été se passera à Deuil-La-Barre, ça tombe bien y a pas grand monde qui part je serai pas seul à tuer l’ennui, j’suis souvent au local Jesse Owens au quartier de la Galathée, c’est cool y’a des activités, des sorties mais moi ce qui m’intéresse c’est faire du son ou barbouiller les murs, j’vais pas tarder à faire la connaissance de 3 mecs apparemment bien dans le délire, on a rien à voir, moi petit rebeu tout chétif qui se tue au rap français et qui kiffe le tag, eux des grands renois à fond dans le rap cainri et le basket, on se retrouve chez l’un d’entre eux qui est en fait le frère de ROST CMP dont la famille a emménagé depuis peu dans le secteur, ça m’avait pas échappé j’avais remarqué des poses à lui dans les alentours qui m’avaient intrigué genre qu’est ce qu’il est venu foutre ici sachant que c’était un crew parisien dont j’avais déjà vu beaucoup de poses dans la capitale : Smat, Dreo, Dion pour ne citer qu’eux, gros fat cap barbares, ils faisaient la diff’ tu pouvais pas les louper, bref on se retrouve là-bas pour ce qui ressemble à un genre d’audition genre on va voir ce qu’il a dans le ventre ce petit rebeu, je sens que j’suis sous estimé et pas pris au sérieux… Ah ouai !? Vas y met une instru branche le micro, souvenir intact l’instru c’était « chief rocka » des lords of the underground, j’envoie le venin, ils sont choqués.
Ils sont très calés en rap us, la bande son de l’époque c’est le 1er Wu Tang qui bousille tout le monde, le « Down with the king » de Run DMC, le « sound of da police » de KRS, le « slam » de Onyx etc… Y’a trop de trucs chauds qui sortent, en l’espace d’un an c’est l’avalanche de bombes sonores et d’albums qui vont rester dans la légende : doggystyle de Snoop, enta da stage de Black Moon, illmatic de Nas, ready to die de Biggie… C’est la finale !
Aux côtés de Sena, Stéphane et Patrick  j’apprends plein de choses, la rigueur, des répétitions, au local du quartier on nous booste, on nous met une salle avec micros ampli et tout à disposition, je pouvais pas rêver mieux, cet été au quartier va s’avérer mortel !
Petit concert au local, j’suis tétanisé mais je m’en sors pas mal, les gens ont l’air surpris de voir que j’fais du rap et que j’me débrouille au micro, s’en suivra un autre concert à la salle des fêtes de Montmagny avec le groupe local les PM, les animateurs croient en nous, ils nous inscrivent à un tremplin à Montigny les cormeilles et là ça va être la douche froide : on fait une prestation proche du niveau zéro dans une salle quasi vide où personne nous calcule… Dur… Mais la vraie claque c’est le groupe qui passe après : La Casa Del Phonky, délire latino sur des faces b de Cypress Hill, leur show est carré, ils ont leurs supporters dans la salle, j’prend une leçon… Côté graffiti c’est le calme plat, j’engraine quelques potes qui font pas long feu dans le délire et qui surtout savent pas taguer, frustration, je connais personne de bien chaud dans le truc en fait, toujours un petit posca en poche j’fais mes petites poses dans le secteur à l’occasion, ça pisse pas loin… j’suis toujours branché sur les émissions hip-hop de la bande FM, je vais toujours à châtelet le samedi avec les potos de Saint-Denis, LTD le vinyl shop rue Rambuteau en ligne de mire, j’y passe des heures, mon truc c’est de me procurer ma petite k7 tdk 90 minutes et d’engrainer mon cousin ou d’autres potes à acheter les maxi vinyles que je leur conseille dans le but qu’ils me fassent  ma petite compil tranquille une fois rentré… Au comptoir de la boutique j’vois les mixtapes de Cut Killer dont j’avais entendu parler dans l’émission de Dj’LBR, 50 francs avec toutes les nouveautés US et un invité rap français, ça vaut le coup je pose mon billet, la 1ère que j’achète c’est la numéro 8 avec Kamel d’alliance ethnik « original clando » bien avant le gros tube « respect », des morceaux cainris qui me marquent : KMD : what a nigga know et D-Nice – let me know…
Dans les bacs les 1ers maxi de Fabe « j’aime pas » , Daddy lord c « les jaloux » entre autres… On y croise des acteurs du mouv’ justement Cut Killer que je vois repartir avec une pile de vinyls, Bob Sinclar qui à l’époque sort un maxi rap nommé « Yellow productions » avec Fabe et EJM dessus… Côté US c’est gifle sur gifle pas le temps de respirer : Redman, Keith Murray, Method Man, La b.o de murder was the case, Above the law, Bone thugs, Black sheep… Trop de trucs, ça prendrait des pages entières pour tout citer.